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Boukhara ou le privilège du charme

Boukhara. Plus grande que la petite Khiva et plus petite que la grande Samarcande. C’est la ville d’Ouzbékistan où je me suis le mieux senti. Celle qui à mon sens mérite d’y passer le plus de temps.

[box]Quelques lignes historiques pour savoir au moins où l’on met les pieds…
Zone de passage dans un territoire de conquête Boukhara est une ville phoenix à l’histoire mouvementée. Une oasis conquise par Alexandre le Grand (356-323 av. JC) puis annexée au flux des occupations perses, turques ou arabes… Poètes et scientifiques comme Rudaki (859-941) et Avicenne (881-1037) y coulèrent des jours féconds jusqu’à ce que Genghis Khan (1162-1227) mette tout le monde d’accord en rasant la ville. Au tropisme destructeur des Monghols succède la marginalisation d’un Tamerlan (1336-1405)  qui privilégia Samarcande… L’essentiel de la ville actuelle a été reconstruite au XVème et XVIème siècle -au début du Khana de Boukhara (1599-1920)- puis par les Russes.[/box]

Ci-dessous la bonhomie de Mohammed Alim Khan (1880-1944), dernier représentant du Khanat de Boukhara en 1911. Il fût déposé en 1920 par les bolcheviques. Photo de Sergey Prokudin-Gorsky.

Mohammed Alim Khan (1880-1944), dernier Emir de Boukhara en 1911

Mohammed Alim Khan – Sergey Prokudin-Gorsky

Le privilège du charme

Aujourd’hui Boukhara est le genre de ville dont on pense faire vite le tour. Au début on s’imagine y rester deux/trois jours mais en fil du temps… une foultitude de petits détails vous pousserait bien à prolonger le séjour. Je parle d’ambiance. Surtout l’après-midi au terme d’une chaude journée d’été: quand les gamins jouent au foot près du Kalon et que les familles se rafraîchissent au bassin du Liab-i-Haouz.

Boukhara n’est pas qu’un magnifique ensemble architectural. C’est un spot d’observation propre à d’indolentes habitudes. Un chachlik par ici et un petit Chai par là… Quelques sourires et un serrement de main. On croise souvent les mêmes têtes et le contact me semblait aussi simple que naturel. Boukhara vous accroche par des détails qui forment à qui veut bien les voir un univers particulier. Peut-être est-ce la principale différence avec sa voisine Samarcande… En un mot? Le charme sans doute.

Mosquée Kalon - Boukhara

La mosquée Kalon – Boukhara

Boukhara s’organise autour du Liab-i-Haouz: une place agrémentée d’un bassin et de mûriers centenaires. Tout autour s’étendent des petites rues qui mènent vers les richesses architecturales de la cité. On dit que Boukhara compte 365 mosquées… mea culpa je ne les ai pas comptées. Mais elle regroupe avec certitude quelques 140 monuments protégés par l’Unesco. La liste est longue et franchement l’intérêt de tout voir à la loupe est assez limité. Impossible toutefois de manquer la mosquée et le minaret Kalon (qui signifie « grand » en ouzbek!). Le minaret fût -ô miracle!- l’un des seuls édifices épargnés par Genghis Khan. Une aubaine pour les Émirs du Khanat dont le grand jeu consistait à balancer les condamnés du haut de la tour (46 mètres!) enfermés dans des sacs remplis de chats sauvages… délicieux! La « fosse aux insectes » dans la prison (Zindon) près de l’Ark (l’ancien palais des Emir) est également croustillante de monstruosité.

Pour revenir à des critères plus esthétiques j’ai particulièrement apprécié la medersa d’Ulugh Beg, Émir-astronome et petit-fils de Tamerlan.  Sans doute parce que le personnage est intéressant… peut-être aussi pour sa façade, légèrement penchée vers l’avant, qui permet de se poser à l’ombre quelques minutes en se demandant pourquoi on s’y sent bien. On hésite à acheter une pastèque quand un jeune homme prêt à en découdre aux échecs vous apporte la meilleure réponse!

Conclusion de Nasreddin Hodja

Sur Liab-i-Haouz trône la statue du mollah Nasreddin Hodja. Un personnage aussi mythique que facétieux errant comme un Don Quichotte vers des aventures pleines de malice et de fausse candeur. Ses histoires courtes et souvent absurdes sont connues en Iran et dans toute l’Asie centrale. Des histoires populaires aussi fort connues que les fables de La Fontaine!

Autant terminer ce post sur une de ces histoires…

Nasreddin aimait paresser au lit et se lever tard. L’un de ses amis tente de le persuader :

– L’avenir est à ceux qui se lèvent tôt Nasreddin! Regarde: ce matin je me suis levé tôt et sur le chemin, j’ai trouvé une belle pièce d’or! Si je ne m’étais pas levé de si bonne heure, c’est quelqu’un d’autre qui aurait trouvé la pièce! 

– Je vois surtout qu’un imbécile s’est levé encore plus tôt que toi et a perdu sa pièce! Répond Nasreddin.

Un jour Nasreddin, Mourodkhon Ergashev, Jean-Jacques Gaté, Tafakkur Bo’Stoni

Sur ce je vais me coucher. Bonne nuit…

4 commentaires

  1. Tout comme toi, Boukhara a eu mes faveurs face à Samarcande. Je pense être resté des heures assis devant la mosquée Kalon à contempler en face la medersa Mir-i-Arab.

    • C’est effectivement un bel emplacement ou j’ai pu faire également de belles rencontres! Je sais pas à quoi ressemblait Samarcande quand tu y étais mais ils ont séparé les principaux monuments des ruelles aux alentours par des murs hideux. Du coup on ressent moins de vie. D’où ma préférence pour Boukhara.

    • Samarcande c’était en 2012 donc c’était comme tu le décris. La rue piétonne entre le Régistan et Bibi-Khanoum m’a donné l’impression d’être chez Mickey !!

  2. C’est également la ville où je me suis le mieux sentie, il y fait bon de vivre et il y a une atmosphère apaisante, ça fait du bien et puis c’est super joli. En tout cas très bon post :)

    Marie

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