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Into Thin Air de Jon Krakauer

We were too tired to help. Above 8,000 meters is not a place
where people can afford morality

Jon Krakauer, Into Thin Air 

Parce que tout le monde connait « Into T…!

he Wild »? Non. Pas celui-là. Pas aujourd’hui. Aujourd’hui on grimpe l’Everest avec Into Thin Air.

Jon Krakauer adore raconter des histoires vraies où se mêlent rêves et tragédies en milieu naturel. C’est sa spécialité… aux lecteurs il distribue gratis pleins d’étoiles dans les yeux pour mieux les arracher. Au début on se dit : « Waaa j’aimerais tant être comme le narrateur… me sentir courageux pour être aussi libre que lui! ». Or ses histoires se terminent d’une manière si tragique qu’au final… on se sent tout aussi libre et bien aise barricadé dans son fauteuil. C’est en tout cas ce que l’on peut ressentir quand on lit Into The Wild. Et c’est exactement la même chose avec Into Thin Air! Deux livres et un auteur. Deux titres comparables comme pour mieux souligner la similarité de leurs -très simplifiées!- trames narratives:

Connaissant l’auteur on se doute bien qu’avec Into Thin Air la grimpette sera entachée d’un couille dans le potage. Pourtant comme l’ingénue romantique qui espère que le Titanic de James Cameron ne coulera pas… on espère bien accompagner ces alpinistes gravir, pages après pages, ce mythique sommet.

Into Thin Air Illustrated Edition By Jon Krakauer - Climbers On Balcony On Everest Upper Southeast Ridge May 10, 1996

Photo tirée de dans la version illustrée de Into Thin Air – mai 1996

Difficile de classer Into Thin Air. Si on peut le lire comme un roman… ce n’en est pas un. Un documentaire ou un rapport journalistique? Pas vraiment… Une cathasis? Peut-être… car il s’agit pour sûr d’une oeuvre autobiographique: Jon Krakauer faisait parti, en tant que journaliste, de l’expédition commerciale Adventure Consultants, meurtrie par une tempête sur les flans de l’Everest en mai 1996. Huit personnes sont mortes ce jour là. Jon Krakauer a survécu. Into Thin Air est son témoignage.

Adventure Consultants - Everest - 1996

Caroline Mackenzie/Woodfin Camp/Time Life Pictures/Getty Images – Les clients de Adventure Consultants en 1996. Jon Krakauer est le troisième à partir de la gauche.

Quatre personnes de cette expédition sont décédées dans la tempête: le leader Rob Hall (centre droit) et le guide Andy Harris (centre gauche) ainsi que les clients Doug Hansen et Yasuko Namba aux extrémités du premier plan. Beck Weathers (plein centre, deuxième rangée) s’en est sorti miraculeusement après avoir été laissé pour mort dans la neige. L’ascension s’est en grande partie déroulée avec l’expédition Mountain Madness dirigée par Scott Fischer, décédé lui aussi ce jour là.

Parce qu’on en croque toutes les lignes

C’est le genre de récit qu’on lâche difficilement. A le dévorer on se demande si finalement ce n’est pas l’inverse. Que vous soyez un amateur de hautes grimpettes, d’aventures pur jus ou de drames empathiques vous y trouverez forcément votre compte. En ce qui me concerne je l’ai dévoré pour ces raisons:

Je l’ai dévoré parce qu’on le lit comme un roman. C’est sans doute la force de ce livre. Des personnalités sont décrite avec minutie. On apprend à les connaitre et à partager leurs motivations. On se demande s’ils vont vraiment s’entendre? Si untel peut vraiment réussir? Plus le sommet approche et plus on s’immerge avec eux dans le récit. Plus on monte et plus on approche du dénouement. Le fait qu’il s’agisse d’un récit autobiographique accentue ce coté la dramatique. On ne décrit pas seulement des faits. Le déroulement des événements se vit de l’intérieur. Le mot « Into » prend ici tout son sens.

Je l’ai dévoré parce qu’il est minutieusement documenté, que ce soit sur les expéditions présente au moment du drame, le matériel utilisé, l’oxygène, le Mal Aigu des Montagnes, les nombreuses personnes impliquées etc. Cet inventaire présent tout le long du livre permet de compléter l’histoire en elle même par un réel travail d’investigation et de compréhension sur ce drame. Il permet aussi de mieux cerner ce qui peut se passer dans cette fameuse dead zone, au-delà de 7 900 mètres, et pourquoi il est si difficile de porter assistance à cette altitude. Plusieurs articles évoquent l’univers de cette dead zone dont celui-ci.

Je l’ai dévoré pour ces intéressantes mise en perspective. La livre aborde largement l’histoire de l’Everest à travers sa découverte, les premières ascensions et la construction progressive du mythe. Cet aspect historique permet de mettre en perspective le témoignage et le contexte dans lequel se déroulait cette ascension. Il revient donc sur les expéditions commerciales de masse et leurs inévitables corollaires: manque de préparation des participants; concurrence entres acteurs; course à la publicité etc.

Les lois du marché pour le sommet l’Everest ont encore de belles années devant elles :

File indienne vers l'Everest - Ralf Dumovitz

 File indienne sur les pentes de l’Everest prise le 19 Mai 2012 (Photo Ralf Dumovitz)

Je l’ai dévoré … particulièrement bien dans le Khumbu. J’ai lu ce livre pendant un trek vers Gokyo, juste à coté de l’Everest. J’ai dû le terminer dans un village entre 4 000 et 5 000 mètres avec une légère migraine d’altitude. Au loin le vent balayait le sommet du Cho Oyu. La perspective de gravir plus de 8 000 mètres me semblait si difficile et si lointaine qu’on imagine aisément l’incroyable volonté de ceux qui réussissent… et la fin tragique de ceux qui y restent.

[box]Into Thin Air (Tragédie à l’Everest en français) de Jon Krakauer se trouve partout dans le monde et avec une forte densité dans n’importe quelle librairie népalaise. Le livre a fait l’objet de plusieurs controverses sur le déroulement précis et des événements et l’attitude des guides. Anatoli Broukreev, un guide présent au moment du drame, revient sur sa version des faits dans The Climb.[/box]

Photo « A la une » tiré du film Into Thin Air – Death on Everest de Robert Markowitz, 1997

Un commentaire

  1. Je n’ai pas lu Into thin air mais Into the wild, voyage au bout de la solitude. J’avais aimé cette lecture qui m’a appris beaucoup, notamment sur le destin de Christopher Mc C, sa façon de voir les choses, l’humain qu’il était, le voyageur qu’il a été. Je rajoute Into thin air à ma liste !

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