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Ouzbékistan: plein sud

L’Ouzbékistan ne se limite pas à la Route de la soie. Les provinces du Kachkadaria et du Sourkhan-Daria sont encastrées plein sud dans un cul de sac désertique bordé par le Tadjikistan, le Turkménistan et l’Afghanistan. J’ai passé une semaine dans ces provinces. Ci-dessous la route empruntée au départ de Samarcande jusqu’à Termiz et la frontière afghane:

J’ai voyagé avec Ira, une Russe rencontrée à Boukhara. Une compagnie très utile dans le sens où nous n’avons rencontré personne qui baragouine une bribe d’anglais… mais plutôt ouzbek, tadjik ou russe. Grâce à elle j’ai pu prendre part à des conversations que la barrière de la langue avait jusqu’à présent limité. Bien qu’elle vive à Boukhara elle ne voulait pas se rendre seule dans ces régions… après coup cette précaution ne me semble pas si infondée quand on s’aventure notamment dans les campagnes.

Voyager seule en Ouzbékistan?

C’est tout à fait possible! L’Ouzbékistan est un pays sûr et une femme seule peut voyager en toute sécurité entre les principales villes et sites du pays. Je serais toutefois plus nuancé en ce qui concerne les endroits plus reculés. Est-ce dangereux? Pas vraiment… Mais une femme seule suscite des interrogations qui peuvent éventuellement prêter à des situations incommodantes.

Loin de toute généralisation j’ai « discuté » avec des hommes dont la gestuelle ou le langage très cru ramène les femmes davantage au rang d’objets que d’individus. Peut-être ne suis-je tombé sur des cas sociaux mais le sexe est un sujet qu’ils abordent facilement avec une vantardise toute masculine et un rapport au corps emprunt d’une franche virilité! Difficile parfois de démêler le vrai du faux… mais ces discussions reflètent en partie une certaine idée de la femme. Et quand on observe des femmes ou fillettes uniquement confinées aux besognes ménagères, les discussions viriles entachées de blagues potaches tirent progressivement vers l’interrogation… si ce n’est le malaise.

Cette vision rustre n’affecte en rien la sécurité d’une femme seule dans les principales villes et sites du pays. Une touriste, même seule, reste une touriste et ne risque pas grand chose…  mais cette distinction pourrait éventuellement être moins claire dans le sud, notamment dans les campagnes, où notre guide local a même déconseillé à Ira de revenir seule visiter les environs… Comprenant après coup que je n’étais pas son petit ami,  il lui a également demandé si elle voulait passer la nuit avec lui! Rien de véritablement dangereux mais certaines situations peuvent devenir inconfortables à la longue. Bref si je devais changer de sexe je préférerais visiter le sud du pays avec au moins un(e) ami(e).

Chakhrisabz et la vallée de Langar

Chakhrisabz

Chakhrisabz est la ville natale de Tamerlan. C’est l’une des principales excursions à faire aux alentours de Samarcande. Beaucoup de personnes n’y passent qu’une journée mais la région mérite pourtant qu’on s’y attarde… Il est vrai qu’au premier abord cette petite ville n’a rien d’exceptionnel: le Palais d’été de Tamerlan (Ak Sarai) est partiellement en ruine et les mosquées Kok-Gumbaz ou Dorut-Tilovat n’ont rien des dimensions colossales de Samarcande. On ressent pourtant un début d’éloignement… la ville n’est pas très grande et c’est avec un plaisir sans fard qu’on se promène dans les ruelles de la vieille ville: les femmes se retrouvent au lavoir; les hommes jouent au billard… Plus qu’ailleurs j’ai eu l’impression de pouvoir me rapprocher des habitants, d’observer des habitudes ou d’échanger quelques sourires.

La vallée de Langar

La vallee du Langar

Canyon dans la vallée de Langar

Des montagnes enfin! Des roches oranges et du rouges. Des montagnes couvertes d’une herbe jaune et rase brûlée par le soleil. Les cours d’eau sont maigres mais la taille des lits laisse présager de l’intensité des flux du printemps. De villages isolés aux troupeaux de chèvres… la vallée de Langar offre une vision plus campagnarde du pays hors des traditionnels centres urbains bardés de mosquées et medersas.

Village de Langer

Cimetière à Langar

Termiz: à la frontière de l’Afghanistan

En arrivant à Termiz je voulais en repartir… On s’y rend en traversant un long désert dans le Sourkhan-Daria. Un paysage de western où il fait une chaleur à crever. Si le mois de juillet et particulièrement chaud en Ouzbékistan cette région est sans doute la pire. Les après-midi y sont difficilement supportables.

Termiz

Termiz – centre ville…

Termiz est la dernière ville frontière avec l’Afghanistan. Si le centre n’est pas d’un intérêt fabuleux j’y ai curieusement trouvé mon compte. A part un petit tour au marché et au musée archéologique les excursions urbaines sont en effet assez limitées. C’est pourtant à Termiz que je me suis senti le plus immergé dans la vie locale: nous n’avons croisé aucun touriste et absolument personne qui ne parle anglais. En trois jours j’ai pris un étrange plaisir à déambuler au supermarché; à chiner sur les étalages; à me promener dans le parc; à découper des pastèques ou à jouer à la Playstation etc.  Nous avons même trouvé un superbe spectacle nocturne de fontaine musicale (les ouzbeks en sont fans!)… des activités assez simples qui permettent de bien s’imprégner de l’atmosphère spécifique aux villes frontalières. Termiz a un petit air de bout du monde et la chaleur ne pousse pas au surplus d’activités.

Le marché de termiz

Le marché de Termiz

D’après nos discussions les Termizi semblent avoir deux points communs: d’abord tout le monde a un ami ou de la famille qui travaille ou qui a travaillé en Russie. La Russie est encore vue comme la véritable puissance régionale. Elle est respectée et personne ne semble leur tenir rigueur du passé soviétique. Beaucoup d’Ouzbeks vont en Russie pour travailler. Certains en parlent comme un Eldorado… et si la sphère d’influence soviétique n’existe plus le pouvoir d’attraction du grand frère russe opère toujours. Ensuite la guerre d’Afghanistan. Celle menée par les soviétiques entre 1979 et 1989. Beaucoup d’hommes en âge de se battre à cette époque ont servi dans l’armée. C’est un sujet fréquemment abordé par les hommes de cette région: obus et problèmes d’audition; l’expérience des mines et des tanks etc.

Retrait des Soviétiques d'Afghanistan - 1988

Retrait des Soviétiques d’Afghanistan – Pont de l’Amitié à Termiz – mai 1988
© RIA Novosti. Aleksandr Liskin

L’Afghnanistan donc… de l’autre coté de l’Amou-Daria et du pont de l’Amitié se trouve Hairatan. Entre quelques miradors je n’ai pas pu voir grand chose de cette ville si ce n’est de grands réservoirs blancs et un Zepplin qui surveillait l’ensemble. Des barbelés sont érigés tout le long des berges. Nous étions en taxi. En longeant l’Amou Daria la radio passait cette chanson un peu kitch qui pourtant passait très bien:

En s’éloignant de la frontière on passe le long de camps militaires. Comme dans le Kharzem d’interminables champs de coton succèdent au désert. Termiz est l’une des plus vieilles villes du monde et plusieurs civilisations ont laissé leurs traces dans les environs. Aussi peut-on visiter l’ancien monastère bouddhiste de Fayaz-Tepe, la légendaire forteresse de Kyrk-Kyz ou le mausolée du Sultan Saodat. Notre plus bel instant fraîcheur fût de piquer un tête avec les chèvres dans le lac Uchkizil.

Le Sukhan-Daria vaut le coup d’œil car, hors de la Route de la soie, elle présente un visage moins légendaire et peut-être plus rustre de l’Ouzbékistan. Elle n’est pourtant pas moins attachante. Cet impression d’avancer dans une zone méconnue sans aucun a priori sur les choses à découvrir est assez grisante. Il est toutefois peu recommandable de la visiter en plein été. Cette chaleur pompe toute votre énergie comme elle fait fondre les graisses. Ici le coup de soleil est le pendant d’un amincissement assuré.

*   *   *

Pour finir voici quelques ressources ou idées de recherche Google pour approfondir des sujets abordés dans cet article et les précédents:

  • Les photographies de Sergueï Prokoudine-Gorski (1863-1944), qui a réalisé plusieurs reportages en couleur sur l’Asie centrale au début du 20ème siècle. Vous trouverez de magnifiques clichés aujourd’hui centenaires avec une simple recherche Google Image.
  • Sur la situation des femmes en Ouzbékistan: Le nombre d’articles et de documents au sujet du traitement des femmes en Ouzbékistan sont légions. Même s’il date un peu (2002) j’ai trouvé le résumé d’un rapport éclairant de l’OMCT (Organisation mondiale contre la torture) sur le violence faîte aux femmes. Par ailleurs en 2012 le gouvernement de Karimov a été accusé d’avoir lancé une campagne de stérilisation forcée.
  • Sur la récolte des champs de coton: c’est un lourd héritage soviétique! J’en ai vu surtout dans le Kharzem et le Sukhan-Daria. L’or blanc est récolté tous les ans vers le mois de septembre. Près de 2 millions d’enfants quittent de force les bancs de l’école pour partir à la récolte. En 2011 un soixantaine de marque d’habillement avait boycotté le coton Ouzbek.

4 commentaires

  1. Très intéressant cet article, Charles … c’est un pays méconnu des touristes ! ça change de Stuttgart ;-)

    • Merci! Ah oui ça n’a clairement rien à voir avec Stuttgart:) Le sud est effectivement beaucoup moins fréquenté que le reste du pays. Après Chakhrisabz on n’a plus vu un touriste.

  2. Je ne sais pas trop comme est ce pays mais tu ne dois pas voir beaucoup de touristes et c’est bien ça qui peut m’attirer dans ce pays.

    J’aime bien aussi avancer sur un terrain inconnu!!
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    • Salut Stéphane! Très beau pays mais en été il fait vraiment une chaleur très lourde. Du coup il y a moins de touristes et hors de la route de la soie faut vraiment se lever de bonne heure pour en trouver. Dans le sud du pays, vers Termiz, vers je n’en ai croisé aucun. On devait pas être bien nombreux… mais ça vaut clairement le coup!
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